Lorsque la vérité se terre dans la colère

Lorsque la vérité se terre dans la colère

Très souvent dans mon métier, j’entends une phrase telle que : « J’ai essayé de lui en parler, à plusieurs reprises même, mais il ou elle se met en colère immédiatement, c’est impossible de lui parler! »

À ce moment précis où j’entends le mot « colère », je sais qu’il existe une véritable situation litigieuse entre ces deux personnes et je dirige mes efforts de conciliation directement vers cette colère. Pourquoi? Parce que cette émotion vive me parlera beaucoup plus que toute autre chose.

Par exemple, si je vous demandais si vous avez assassiné l’empereur autoproclamé Napoléon Bonaparte? Vous ne réagirez pas. Vous serez peut-être amusé par une question aussi loufoque, mais vous ne ressentirez pas d’autre émotion. À la limite, vous me remettrez à l’ordre et me direz que Napoléon est mort à la suite d’un cancer. Bref, pas d’émotion, pas de conclusion.

Si, maintenant, je vous demandais s’il vous est déjà arrivé de prendre quelque chose qui ne vous appartenait pas. Vous me répondrez rapidement que non, que vous n’êtes pas un voleur.

Je continuerai alors et je vous demanderai de préciser votre réponse. N’avez-vous jamais pris, une fois dans votre vie, ne serait-ce le droit de stationner votre voiture dans un endroit interdit par la Ville, un commerçant ou même un voisin? Étant jeune, n’avez-vous jamais pris quelques sous à vos parents pour vous acheter en cachette des friandises au dépanneur du coin? Ou encore, n’avez-vous pas déjà coupé une longue file d’attente pour être servi avant d’autres que ce soit à l’épicerie, à la banque ou même sur la route?

J’ouvre une parenthèse. Ces petits larcins n’ont rien d’effrayant en soi. Nous avons tous pris à un moment ou un autre dans notre vie quelque chose qui ne nous appartenait pas. Ça ne fait pas de nous de mauvaises personnes ou des voleurs.

Ces questions et leur insistance ont pour seul objectif de faire apparaître une émotion. Plus cette émotion sera vive (comme dans le cas d’une colère), plus les justifications seront longues et/ou répétées et qui dit justification dit information.

Voici trois exemples de justifications que nous entendons souvent dans les journaux et médias (non exhaustif) :

Justification Information Explication
« Je ne l’ai fait qu’une seule fois » Avec une telle justification,  on peut penser que le geste posé était grave et qu’il a été nécessaire de le démontrer d’une façon incontestable pour que la personne l’admette Le cerveau de notre interlocuteur tente de minimiser la gravité de l’acte par la conviction autosuggérée qu’il s’agissait d’un acte isolé (malheureusement, ce n’est généralement pas le cas).
« J’étais jeune! »

 

 

Idem : on peut penser que l’acte était grave, mais ici la personne croit avoir changé du tout au tout lorsqu’elle a passé de sa vie de jeune enfant à sa vie d’adulte.

 

C’est une autre façon de se déculpabiliser.

Cette justification fonctionne seulement lorsque la personne traite d’un comportement antérieur immature (ex. : uriner en public lors de festivités)

« Il n’y a pas de mal à ça! » S’il n’y a pas de mal, pourquoi le mentionner?

 

Soit il y avait objectivement du mal, soit la personne croit, subjectivement, qu’il y avait du mal et tente de se convaincre du contraire.

Je reviens maintenant à cette personne qui intimidait mon client par sa propension à se mettre rapidement en colère.

La colère est une émotion vive qui signifie généralement un avertissement du type : ne touche pas à mes affaires. Ne vous méprenez pas. La colère est très utile. Elle est un instrument de communication extraordinaire. Une personne qui a normalement des difficultés à s’affirmer aurait avantage à se mettre en colère, à dire plus souvent à son interlocuteur que c’en est assez et de tenir fermement à son point. Par contre, ce type de colère met généralement un temps fou à éclater. On se mettra en colère seulement si c’est nécessaire et on attendra généralement trop longtemps pour nous entendre dire au bout du processus et que nous reprenons nos esprits que « c’est sorti tout seul! »

Mais voilà, la colère est également utilisée, par certaines personnes, pour effrayer, pour tenir éloignée et/ou pour combler des faiblesses dans leur estime de soi. Ces personnes prennent des choses qui ne leur appartiennent pas, et lorsque vient le temps de les rendre, elles se mettent promptement en colère pour effrayer, pour faire fuir le véritable propriétaire du bien ou du droit ainsi accaparé. Généralement, ce type de colère arrivera trop tôt dans une conversation et semblera durer une éternité. Ce qui n’est jamais le cas avec une colère. Des personnes peuvent se chicaner, se détester, se porter rancune pendant nombres d’années, mais la colère initiale n’aura généralement duré que quelques minutes. Conséquemment, une colère qui perdure trop longtemps est un état provoqué, inventé, un mensonge.

Un avocat fera face aux colères des personnes impliquées dans un litige. Il fera la distinction entre les deux types de colère : est-ce une colère valant affirmation solennelle de soi ou une colère pour effrayer, pour intimider? Les rencontres de conciliation, de négociation ou de médiation entre avocats et clients survivent aux premières colères qui se produisent (lorsqu’elles se produisent). Ces rencontres durent au moins une heure, ce qui laisse généralement le temps aux colériques de revenir à un état de calme.

Bref, pour les non-juristes, retenez qu’il n’est pas normal pour une personne de se mettre en colère lors de discussions entre personnes civilisées. Cette colère est un indice de faiblesse soit dans la personne soit dans sa position. Comme avec les enfants en bas âge, ne vous laissez pas influencer par cette colère. Ignorez-la et tentez, encore plus qu’avant, d’aller au fond des choses, de bien comprendre la situation avant de prendre une décision.

Si vous sentez que la situation vous échappe, consultez sans délai un avocat.

 

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