Mensonges d’avocat : mythe ou réalité?

Mensonges d’avocat : mythe ou réalité?

Est-ce qu’un avocat ment ?

Ma réponse : non.

Vous répliquerez que c’est normal que je réponde ainsi, parce que je suis avocat et si tous les avocats mentent, ma réponse sera alors nécessairement non. Comment faire alors pour vous convaincre qu’un avocat ne ment pas?

Je n’ai pas à vous convaincre, la question est mal dirigée. La question est très populaire, délectable même. Il existe d’ailleurs plusieurs blagues à ce sujet. La réalité est pourtant autre : dans le cadre de sa profession, un avocat n’a pas l’occasion de mentir. D’abord, il ne témoigne de rien. Les faits sont toujours rapportés par des témoins.

Ensuite son rôle en est un de représentation et d’administrateur de procédures. Il n’a pas à mentir pour ce faire. Les procédures sont bien encadrées par les lois et règlements ; la représentation est constituée principalement d’argumentation. Je vois mal comment un avocat pourrait mentir en argumentant. Il peut certes exagérer des choses pour créer un effet dramatique supplémentaire dans sa présentation, mais exagérer en argumentation n’est pas mentir.

Est-il le seul à inventer des mots ou à utiliser dans ses textes des prépositions comme le «et/ou» ou encore la proposition «notamment, mais non limitativement»? Oui c’est le seul, mais ce n’est pas mentir. C’est présenter brillamment ses idées dans une ère dédiée à la communication informaticienne

Bref, un véritable avocat ne voit pas même l’utilité du mensonge dans son travail. Il a l’obligation première d’être loyal envers son client et il s’y concentre. Cela signifie qu’il peut casser le système judiciaire en deux ou causer le chaos le plus complet dans la société, si le dossier juridique de son client l’y amène. Dans une récente formation offerte par le Barreau du Québec, on pouvait lire cet extrait d’un ancien texte pour nous inspirer quant à notre obligation de loyauté envers notre client.

L’avocat, dans l’accomplissement de son devoir, ne connaît qu’une personne au monde et cette personne est son client. Le sauver par tous les moyens, aux dépens et aux risques de tous les autres et, parmi les autres, de lui‑même, est son premier et son unique devoir et il doit s’en acquitter sans se préoccuper de l’inquiétude, des tourments ou de la destruction qu’il peut causer à autrui. Il doit faire la distinction entre ses devoirs de patriote et ses devoirs d’avocat et agir sans se soucier des conséquences, jusqu’à entraîner son pays dans la confusion si malheureusement tel doit être son destin.

(Traduction) Trial of Queen Caroline (1821), par J. Nightingale, vol. II, The Defence, Part 1, p. 8.

Mais, je le répète, ce faisant, il ne peut pas mentir. Jamais.

Comme la justification à outrance est un signe de mensonge, je m’arrêterai ici.

À bientôt,

Me Louis-Thomas Deschênes

Note de l’auteur : bien entendu, le singulier a été utilisé uniquement pour alléger le texte.

 

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