LES DANGERS DE TRAVAILLER À PARTIR DE NOTRE DOMICILE : TÉMOIGNAGE D’UN AVOCAT QUI S’EN EST SORTI!

LES DANGERS DE TRAVAILLER À PARTIR DE NOTRE DOMICILE : TÉMOIGNAGE D’UN AVOCAT QUI S’EN EST SORTI!

 

En toute humilité, je vous livre ici mon témoignage sur ce que mes premières études en gestion et en management m’ont apporté. Essentiellement, elles m’ont fait sortir mon bureau de chez moi.

INTRODUCTION

En 2007, je fondais LTD Avocat, sous la forme d’un cabinet virtuel, c’est-à-dire un bureau hautement technologique qui devait servir les clients à partir d’un outil principal : Internet. Quand j’y repense, je me dis que c’était une idée plutôt farfelue!

PREMIÈRE LEÇON : LA COMMUNICATION EST UNE AFFAIRE D’HUMANITÉ

Mon bureau était installé dans le sous-sol de mon domicile. J’ai eu un début très intéressant, mais j’ai réalisé très rapidement que peu de gens se souciaient de ma forme de cabinet virtuel. L’avocat, le professionnel, l’humain, était ce que ma clientèle venait chercher bien avant toutes les commodités technologiques que je pouvais lui offrir.

Et pour cause, en science de l’organisation comportementale, il est bien défini que la communication la plus précise et la plus sécurisante est celle d’une rencontre en tête à tête, en toute confidentialité. Pour un client qui s’inquiète de son sort – et peu importe le type de dossier -, la dernière chose à lui offrir est un ordinateur ou même un téléphone pour en discuter. Le huis clos étant également très important, j’ai réalisé beaucoup plus tard l’importance d’avoir un lieu de rencontre sécurisant pour le client (à l’époque de mon cabinet virtuel, je rencontrais les clients à leur domicile ou dans un restaurant).

Aujourd’hui, non seulement j’ai un bureau pour accueillir ma clientèle, mais je change systématiquement de mode de communication selon l’importance du message. Par exemple, si un rendez-vous peut facilement se fixer par courriel, il en est tout autrement d’une consultation qui, elle, doit se dérouler en tête à tête.

DEUXIÈME LEÇON : LA MOTIVATION EST UN PHÉNIX

Cinq ans plus tard, je décidais de cesser d’offrir mes services juridiques par le biais d’un cabinet virtuel. Pratico-pratique, j’ai jeté à la poubelle tout ce qui était lié à cette forme de pratique : tous mes plans d’affaires, tous les devis techniques, soumissions et porte-folios que j’avais préparés ou fait préparer par de valeureux programmeurs et autres designers. J’étais maintenant un «simple» avocat qui pratiquait à partir de son domicile.

J’ai réalisé bien trop tard que cette action d’avoir jeté tous ces documents était le début d’une série de mauvaises décisions prises alors que ma propre motivation au travail n’était plus au rendez-vous.

À l’été de ma septième année de travail à partir de mon domicile, j’ai pris une pause de 3 mois pour réfléchir à mon avenir. J’ai frappé aux portes de plusieurs entreprises actives dans plusieurs domaines pour offrir mes valeureux services, mais j’ai essuyé le refus de tous ces gens. À vrai dire, je ne me serais pas choisi non plus. J’étais complètement démotivé. J’étais une mauvaise ressource.

En science du management, la motivation est la clé de tout bon travail. La motivation apporte le rendement et le rendement apporte la satisfaction au travail. Un bon gestionnaire s’arrange pour que ses ressources soient au maximum de leur motivation à chaque journée de leur travail. Une ressource motivée est proactive et prête à donner de son temps pour l’entreprise. Pour elle, le salaire n’est pas un facteur (notez que le salaire ne fait pas partie des outils de préférence d’un bon gestionnaire pour motiver ses ressources).

Dans le fond de mon sous-sol, ma motivation s’est éteinte. Par chance, je m’étais déjà inscrit au programme de maîtrise de gestion d’entreprise (plus communément appelé MBA) et cela aura eu pour effet de la faire renaître.

TROISIÈME LEÇON : L’ENVIRONNEMENT DICTE SES LOIS

En septembre 2014, j’apprends dans mon premier cour du MBA que le télétravail (le travail à domicile) à outrance affaiblit non seulement l’esprit du travailleur, mais son corps également. Je l’ai cru immédiatement! Non seulement mon esprit était à plat au bout de toutes ces années, mais dans les trois dernières de ma pratique à domicile, j’étais très souvent malade!

L’explication de ce phénomène commence par l’isolement systématique du travailleur qui pratique à partir de son domicile. Plus particulièrement, le mélange d’isolement et de stress est un poison pour lui. L’isolement amène, principalement, le travailleur à manquer de relativité. Il commet alors des erreurs de jugement dans sa prise de décisions. Malgré qu’il puisse accepter sans discuter de réparer ces erreurs, le stress qu’il peut alors subir devient très vite du mauvais stress et le mauvais stress est la cause de plusieurs troubles, tant physiques que psychologiques. Alors que le temps passe, son isolement s’agrandit et les erreurs se multiplient. Il est pris dans cet engrenage qui affectera, notamment, sa confiance et sa motivation. Son travail à domicile est devenu un enfer…

Selon ces mêmes études, le télétravail devrait être réservé aux travaux qui ne comportent pas un niveau de stress élevé. Comme avocat, c’était loin d’être mon cas! Le métier d’avocat demande une forte concentration en plus d’un effort psychologique soutenu. Aujourd’hui, je me rends compte que de l’avoir fait pendant presque huit ans relevait d’un exploit.

Dès que j’ai eu terminé mes études sur le travail à domicile (en octobre 2014), je me suis empressé de chercher un local pour continuer d’offrir mes services juridiques. Je cherchais un lieu actif, habité, mais pas nécessairement par des avocats. Alors même que j’étais dans cette recherche, j’ai retrouvé la santé, mon énergie et ma motivation.

Finalement, j’ai eu l’occasion de louer un bureau dans une entreprise active, en pleine croissance, habitée par des êtres normaux.

CONCLUSION

Grâce à ce déménagement dicté par les sciences de la gestion et du management, j’offre mes services avec une motivation renouvelée. J’ai même recommencé à avoir des idées farfelues sur la manière de pratiquer le droit.  Par exemple, je dis souvent oeuvrer dans un bureau parasite, mais, dois-je préciser, je suis un bon parasite : je ne dérange presque pas et j’aide mon hôte à se développer de temps à autre!

Morale de l’histoire : pour tous ceux qui croient que les bonnes idées naissent dans les garages, sachez que ces mêmes idées peuvent y mourir si elles n’en sortent pas rapidement. Leur croissance est ailleurs.

Laisser une réponse