Pourquoi les assurances ne paient jamais

Pourquoi les assurances ne paient jamais

Deux explications possibles : la première, la même qu’avec la tartine qui tombe toujours du côté tartiné ; la deuxième, notre système de règlement des litiges les en conduit.

La tartine

Des preuves scientifiques démontrent que la tartine ne tombe pas toujours du côté tartiné parce que, notamment, la chute ne sera jamais assez longue pour la faire pivoter quand bien même la tartinade soit très épaisse. Pourtant, même en sachant cela, à chaque fois que ça nous arrive, nous sommes convaincus du contraire. Pourquoi? Parce qu’à ce moment fatidique, notre mémoire ne se rappelle plus de toutes les fois où la tartine est tombée du bon côté. À l’opposé, notre cerveau se souviendra toujours très bien des moments où la tartinade a beurré notre beau plancher.

La même logique s’applique, peut-être, avec les assurances. Nous nous rappelons lorsqu’ils refusent une réclamation, mais pas des fois qu’ils paient sans délai. Pourquoi? Parce que notre mémoire se rappelle plus de l’odieux pour une compagnie d’assurance de refuser une réclamation que de la normalité d’avoir payé l’indemnité prévue.

Le système de règlement des litiges

La deuxième explication est, peut-être, que les assureurs tirent parti du système de règlement des conflits installé et en vigueur au Québec, soit celui des tribunaux judiciaires où les juges sont nommés par le parti politique au pouvoir. J’explique cette théorie avec les différentes composantes du système actuel.

 

Le coût d’entrée : tant en demande qu’en défense, le coût d’entrée d’une procédure judiciaire tourne autour de 200 à 1 000 $, tout dépendant du montant réclamé (cela peut inclure les frais de cour et de huissier) ; rien pour effrayer une compagnie d’assurance, mais peut-être assez pour décourager le particulier qui n’a pas eu les moyens de se payer une police d’assurance garantie.

Honoraires : À ce coût d’entrée, il faut ajouter le coût de l’avocat qui demande, généralement, des honoraires qui peuvent varier entre 80 et 500$ de l’heure. Pour vous donner une idée, la requête initiale peut prendre, au minimum, une bonne dizaine à préparer, sans compter sa présentation et les autres étapes de la procédure (il y en a beaucoup!) L’aide juridique ne s’applique généralement pas à une telle demande contre les assureurs et si vous trouvez un avocat qui accepte le dossier à pourcentage, présentez-le-moi! Encore tout pour décourager le particulier qui n’a pas eu les reins assez solides pour se payer une assurance garantie. Que font les compagnies d’assurances pendant ce temps-là? Elles engagent leur propre avocat à l’année et leur paie un salaire pour traiter leur dossier en série.

J’ouvre une parenthèse pour vous expliquer une différence monumentale entre un salaire et des honoraires. Le salaire est payé à un salarié qui accepte ainsi, en contrepartie, de se subordonner à son patron (celui qui signe son chèque de paie). Les honoraires, quant à eux, sont payés à un professionnel pour obtenir, en échange, des conseils judicieux sur sa situation et non pas sa subordination. Je ferme la parenthèse.

L’avocat : l’avocat exerce une fonction publique auprès du tribunal et collabore à l’administration de la justice. Il doit servir la justice et la justice n’est pas nécessairement son client. On lui paie des honoraires pour son travail. Au stade final, celui-ci peut avoir accumulé facilement entre 30 et 40 heures de travail (à 100$ de l’heure = 3000$ – 4000$). Fait plus important encore, le particulier doit le payer même en cas de défaite, ce qui s’ajoutera au coût à la sortie.

Un coût à la sortie en cas de défaite : la partie qui perd paie généralement à l’autre le coût d’entrée, des honoraires judiciaires (prévoyez un bon mille dollars payés directement à l’avocat de la partie adverse) et d’autres frais comme, par exemple, le coût des expertises, s’il y en a eu. Encore une fois, rien pour effrayer une compagnie d’assurance, mais il s’agit là d’une autre tuile qui risque de tomber sur le particulier qui n’a pas pu se payer une assurance garantie.

Dommages-intérêts : Dans ces dossiers d’assurance, rarement les compagnies d’assurance auront à payer des dommages-intérêts pour refus de payer et ne rembourseront pas vos frais d’avocats (les honoraires que vous avez payés à votre avocat). Outre les coûts à la sortie, les assureurs condamnés ne paieront que le capital (soit l’indemnité qui était due dès le départ) avec un intérêt de 6% par année.

Les frais d’entrée et de sortie n’étant pas assez élevé pour les décourager à nier couverture, l’absence de dommages-intérêts pour refus de payer et maintenant qu’ils se paient leurs propres avocats, les assureurs ont tout à leur disposition pour faire une opposition sévère à un particulier qui n’a pas eu les moyens de se payer une assurance garantie.

 

Attention, je ne dis pas, ici, que les assureurs profitent de ce système. La seule chose que j’affirme, ici, est que le système de règlement des litiges actuel est propice à ce qu’ils le fassent.

 

En résumé, peu importe les explications scientifiques, ce n’est pas la tartine qui décide, une fois tartinée, de glisser entre vos doigts et ce n’est pas elle, ni personne d’autre, qui décide de quel côté elle touchera le sol.

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