Truc numéro 3 pour reconnaître un vendeur charlatan : reconnaître le truisme

Truc numéro 3 pour reconnaître un vendeur charlatan : reconnaître le truisme

09Le truisme est une phrase qui énonce une vérité d’évidence, sans aucune portée. La personne ne l’aurait pas dit que cela n’aurait rien changé. Par exemple : «Le soleil est chaud», «il mourut le dernier jour de son âge» ou encore «les femmes sont plus intelligentes que les hommes» (moins évidente la dernière, mais bon!).

Les vendeurs charlatans utilisent les truismes à profusion. Identifiez les truismes et vous identifiez les vendeurs charlatans. Voici quelques exemples :

  • Un agent de voyage vous demandera : «Aimez-vous la chaleur du soleil sur votre peau?»
  • Un vendeur de traitement de pelouse dira : «La beauté d’une pelouse verte est innommable»
  • Un planificateur financier affirmera : «Une retraite se prépare à l’avance

 

Mise en situation : je travaille à la maison et on sonne à la porte. J’ouvre et un homme me demande si j’aime me sentir en sécurité. Il est évident que j’aime me sentir en sécurité. Qui n’aime pas ça? Je comprends alors que j’ai affaire à un vendeur d’assurance ou de systèmes d’alarme. Alors, je ne réponds pas. Je demeure silencieux (c’est le truc numéro un : un vendeur charlatan n’aime pas le silence – il cherchera toujours à combler le vide). L’homme poursuit son discours de lui-même comme si j’avais répondu affirmativement à sa question. Il me montre son produit (quelle surprise : un système d’alarme!). J’affiche immédiatement mon manque d’intérêt. Devinez ce qu’il fait : il continue! Il me demande pourquoi je ne suis pas intéressé. Je sais pertinemment qu’il a une réponse de préparée à toutes mes hésitations. Si je lui dis que je n’en ai pas besoin, il affirmera qu’on ne sait jamais lorsqu’un voleur peut entrer dans ma maison (par chance, je ne l’ai pas laissé entrer celui-là. Là, je l’aurais su!). Mais bon, je lui explique que lorsque j’ai un besoin, je l’identifie, je réfléchis à  la meilleure façon de le combler et j’agis par la suite pour arriver à mes fins. Ainsi donc, développai-je, si je ressens le besoin d’acquérir un système d’alarme, j’appellerai une entreprise qui en fournisse. «Justement!, me dit-il, laissez-moi vous parlez de notre produit comme ça, lorsque vous aurez ce besoin, vous saurez où vous diriger».

C’est à ce moment que ma bouilloire intérieure commence à s’échauffer. Je dois reprendre mon calme.

«Je ne vous crois pas, Monsieur. Et peu importe ce que vous pouvez me dire aujourd’hui, je ne vous croirai pas sur parole. Vous n’avez aucune espèce de crédibilité. Vous vous introduisez chez moi alors que vous n’êtes pas invité. Vous tentez de me vendre un produit que je ne connais pas et dont je n’ai jamais ressenti le besoin auparavant, en me prédisant les pires calamités – en introduisant en moi un faux sentiment d’insécurité. Je trouve exécrable une telle façon de vendre. De plus, vos compétiteurs ne sont pas ici pour se défendre – eux aussi peuvent avoir des choses à dire sur ce que représenterait le meilleur appareil. Votre façon de faire m’indique une seule chose : que lorsque vous aurez conclu la vente et encaisser mon chèque, vous allez disparaître de la carte et me laissez, et ceci je le dis avec la plus grande référence, avec une immense cochonnerie.»

À la suite de ce discours très incisif, j’aurais cru qu’il aurait quitté le paillasson de mon entrée, mais non. Il me tend sa carte professionnelle en me disant de le contacter lorsque je ressentirais le besoin de protéger ma famille.

Le saligaud! Il m’avait eu. Il a utilisé une autre technique d’hypnose : la suggestion composée. Cette technique est faite de deux propositions qui sont liées par une conjonction. Il venait de me suggérer que sa carte professionnelle (liée au système d’alarme) était l’équivalent de protéger ma famille. Tout bon père a le désir ardent de protéger sa famille contre toutes sortes de maux provenant de l’extérieur. Une fois cette idée implantée en moi – qu’il fût ma seule solution pour protéger ma famille – il sait qu’à la première situation périlleuse (qui met ou non ma famille en danger), j’aurai l’envie irrépressible de l’appeler et de me procurer un système d’alarme. Étant un consommateur averti, je magasinerai à plusieurs endroits et il sait que je choisirai le moins cher. Il me fera un prix tellement intéressant qu’il sera inévitablement l’élu.

Son imprégnation était parfaite. Si je ne réagissais pas, j’allais lui acheter un système d’alarme un jour ou l’autre. La seule façon pour m’en libérer était un rituel dans lequel j’allais sacrifier sa carte professionnelle dans un volcan de lames rotatives tranchantes communément appelé une déchiqueteuse. C’est ce que je fis et je pus m’en libérer…

Oui, effectivement, je me suis laissé emporter un peu. Toutefois, les techniques de vente de certaines entreprises sont à rendre fou le plus saint des hommes! Je suis certain qu’il vous est déjà arrivé d’avoir en face de vous un vendeur (ou une vendeuse) qui ne vous laisse pas une seconde pour réfléchir, qui a une réponse à toutes vos inquiétudes, qui est prêt à tous les sacrifices d’après-vente pour vous satisfaire. Ne les croyez pas! Et si vous deviez succomber devant un vendeur porte à porte (ou un vendeur qui vous sollicite alors qu’il n’est pas à son adresse), sachez que vous avez dix jours, à votre entière discrétion et à partir du moment où vous avez un double du contrat, pour résoudre le contrat (article 59 de la Loi sur la protection du consommateur). Contactez l’Office de la protection du consommateur ou un avocat pour plus de détails. La logique de ce pouvoir discrétionnaire de résolution de contrat est que si vous vous rendez à l’adresse du commerçant, vous pouvez toujours sortir des lieux si le vendeur se fait trop harcelant. Vous êtes libre de partir si vous n’êtes pas confortable. Ce n’est pas le cas lorsque le vendeur est à votre porte ou dans un autre lieu où vous pourriez vous sentir coincé. Il est difficile et impoli de fermer la porte à une personne qui est en train de vous parler. La loi prévient donc les conséquences fâcheuses de notre trop grand savoir-vivre (ou de notre incapacité à dire non).

Enfin, si vous ne succombez pas à ce genre de vendeur et que vous réussissez à lui claquer la porte au nez, n’oubliez jamais le rituel de sacrifice de la carte professionnelle. C’est la seule façon que vous avez pour effacer la suggestion qu’il a implantée en vous à votre insu. Si vous n’avez pas de déchiqueteuse, un foyer au bois fonctionne à merveille. Évitez à tout prix les corbeilles de récupération. Les cartes tendent à en sortir d’elle-même au moindre coup de vent ou à la simple manipulation. Et si la carte survit, attention! …

À suivre…

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